dimanche 16 novembre 2008

Les Etats Unis d’Afrique, et après ?

Ces dernières 48 heures, nous avons pu voir à la télévision deux gros avions charters atterrir à l’aéroport de Bamako, avec à leur bord des centaines de jeunes maliens aux visages déconfits et aux yeux hagards, comme s’ils étaient jetés dans un univers qui leur était inconnu. Pourtant, ils étaient chez eux d’une ritournelle libyenne. Car, l’image n’est pas nouvelle et rappelle des dizaines d’autres expéditions dont nous gratifie encore l’actualité allant de la Libye au couloir de Lampedusa en passant par les hauteurs de barbelés du Maroc.

Beaucoup en regardant ces images et en constatant que c’étaient des maliens se seraient exclamé : Encore eux !

Curieusement à leur descente des avions qui les ramenaient, les « revenus » n’avaient qu’un nom à la bouche « Kadhafi ». Même dans les rues de Bamako, les personnes interviewées n’ont raté aucune occasion pour brocarder avec une violence d’expression le Guide de la Révolution libyenne, en se moquant littéralement de son projet des Etats Unis d’Afrique. Toute observation faite, il s’agirait d’un fétu dont peut se moquer le vent.

Globalement pour tout ce monde, l’opération de rapatriement collectif représente un échec de cette vision que défend activement Mouamar Kadhafi.

C’est certainement une bonne curieuse des nombreuses façons de voir les choses.

A l’attention, la réaction des uns et des autres souligne toute l’irresponsabilité qui entoure le discours et explique que l’Afrique refuse toujours de laisser place au bon sens et de savoir s’assumer.

Je me rappelle très bien qu’un Ministre français avait affirmé il y a quelques années déjà que la France n’allait pas collecter toutes les misères du monde. Relayé après par l’ex Président de La République, Jacques Chirac. A l’époque, malheureusement comme les africains nous en ont donné l’habitude, il y a eu moult récriminations et protestations de toutes natures pour dénoncer le caractère inamical de cette position et son parfum amnésique. Comme si en l’affirmant, leurs auteurs oubliaient les rapports historiques entre la France et l‘Afrique, et qui devraient contraindre les autorités à accepter que n’importe qui s’installe en France.

Cela tombe sous le sens. A chaque fois qu’on décide de discipliner les africains dans ce sillage, ils cherchent toutes sortes de corrélation.

Qu’on se le tienne pour dire. A moins d’opter pour la paresse intellectuelle qui veut qu’on interprète les choses selon ses propres intérêts du moment. Le projet des Etats Unis d’Afrique s’il faut y croire, ne devrait être réduit à cette simple expression. Plus clairement, ce n’est guère parce que quelqu’un a pris sur lui le leadership d’un tel projet que le territoire de son pays s’en verrait marqué et que toute l’Afrique s’y trouverait un abri.

Imaginez tous les citoyens américains s’agglutiner dans l’Etat de New York parce qu’il serait la plus grande place financière américaine et la capitale boursière.

Raisonnablement, il ne devrait avoir aucun déterminisme dans ce sillage sauf si l’on a envie de retomber dans l’hypocrisie qui malheureusement reste et demeure un des nombreux maux qui accablent ce Continent.

L’immigration aussi bien à l’échelle de l’Afrique qu’au-delà ne peut s’envisager que sur la base des règles et des procédures bien précises.

Les Etats Unis s’ils doivent être une réalité demain revient tout simplement à parler de responsabilité de l’ensemble des pays et des acteurs du Continent qui doivent changer d’orientation et prendre en charge leur propre destin pour assurer le bonheur des populations.

Même avec ses pétro dollars, il est encore illusoire de croire que Kadhafi a déjà garanti le plein bonheur à son peuple et supporter le lourd fardeau des autres.

Si vous aimez les Maliens, dites leur de prendre de la hauteur et d’apprendre à compter sur eux même et non sur la Lybie.

Le Ministre malien de l’intégration africaine l’a visiblement compris et pourra en parler à ceux de ses compatriotes qui ont encore la comprenette difficile.

Car en voyant la psychologie des jeunes débarqués sur la piste de l’aéroport de Bamako, j’ai cru l’avoir entendu dire à leur endroit : « Le peuple a besoin de vous ».


Godefroy Macaire CHABI

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