dimanche 25 mai 2008

INTERVIEW ABDERRAHMANE SISSAKO

En 2003, Abderrahmane Sissako enlève le Grand Prix du FESPACO avec Herremakono En attendant le bonheur qui s’appuie sur la thématique de l’immigration. En 2007, il arrive à Ouagadougou avec Bamako. Une autre thématique qui cette fois-ci met le pied à l’étrier et fait un sérieux réquisitoire contre les institutions internationales, type Banque mondiale et Fonds Monétaire International FMI. Leur responsabilité dans le malheur de l’Afrique est fortement mise à l’index dans ce long métrage.
Propos recueillis par Godefroy Macaire CHABI
Pourquoi Bamako, pourquoi pas une autre capitale africaine ?
Je pense que Bamako, c’est tout à la fois. Pour moi, c’est un lieu qui a rendu ses paroles possibles, ses prises de positions aussi. Je l’ai appelé Bamako aussi pour attirer l’attention des gens sur l’existence d’une conscience africaine à travers sa société civile. Des fois on a l’impression que la société civile n’existe pas. Moi, je veux dire qu’au-delà des politiques africaines qui ont leurs grandes responsabilités, il y une autre Afrique consciente qui veut s’en sortir.
Dans Bamako, on fait le procès des instituions de Bretton Woods. C’est une espèce de témérité non ?
Vous savez, chacun se bat à sa manière et apporte sa pierre à l’édifice. L’édifice peut être un pays, comme il peut être un continent. Quand on est artiste du moment, on doit se positionner. Car c’est le rôle de l’artiste de rendre le réel visible et compréhensible pour les gens. J’ai besoin de dire ces choses là comme d’autres le font dans d’autres domaines.
La scène se déroule dans une concession et ce, dans l’indifférence totale de ceux qui y vivent. Pourtant ça n’a aucun lien avec la dette et la privatisation. Pourquoi avoir choisi ce décor ?
Je crois qu’il n’y a pas indifférence. Il y a attention. Moi, j’ai décidé de me placer dans une cour qui est une société en miniature. La vie dans tous les sens qu’elle soit positive ou négative. C’est important de quitter le cadre classique. Ce qui est important, c’est de dire qu’il est possible de changer les choses. Et c’est à nous de le faire. Même si c’est un procès qui vise beaucoup plus les institutions internationales, je suis conscient qu’il y a une co-responsabilité dans ce qui arrive à notre continent. Peut être même une grande responsabilité africaine.
Mais on ne voit pas transparaître cela nettement dans le film ?
On a souvent tapé sur les responsables africains. Moi mon rôle n’est pas de revenir à la charge. J’ai voulu montrer la responsabilité des institutions internationale et expliquer que rien n’est prévu pour contester les systèmes de développement qui rendent les gens de plus en plus pauvres.


Est-ce que ce film a révolutionné quelque chose ?
Les instituions internationales sont au courant. Un film n’est jamais contre, mais construit quelque chose. La balle est dans le camp des institutions d’accepter le dialogue, le partage réel, de donner plus de souveraineté aux Etats ou aux Etats aussi de prendre plus de souveraineté. C’est un film qui interpelle et j’ose espérer que les institutions feront quelque chose
Vous faites de la fiction. Mais dans ce film, on voit la réalité. Vous citez directement Georges Bush, Paul Wolfovitch…..
Moi je veux que ce soit quelque part de la réalité. Partir d’aujourd’hui pour construire demain est mon souci. Certains veulent diriger le monde de façon autoritaire, de façon unilatérale et ce n’est pas juste. Ce n’est pas normal que ce continent qui n’est pas pauvre soit à ce stade et qu’il ne soit pas associé à la distribution de la richesse. Ce n’est pas normal que les multinationales qui sont au Nord profitent uniquement des richesses de ce continent.
On voit qu’aucune sentence n’est prononcée dans ce procès. C’est donc un recommencement
C’est pour cela que je dis que l’art n’a pas pour objectif de changer tout de suite les choses. Ce qu’on propose c’est une réflexion.

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