COTONOU, 26 juin 2008 (PlusNews) - Cela fait près de 10 minutes que Placide introduit une pièce de 50 francs CFA (0,10 dollar) dans le distributeur automatique de préservatifs installé dans le grand hall de l’Office de radiodiffusion et télévision du Bénin (ORTB), mais la machine refuse obstinément de lui délivrer le paquet de préservatif espéré. Placide se fait aider, mais rien n’y fait. Avant lui, Gérard, un visiteur de passage a fait le même constat dans plusieurs administrations. « Vous constaterez la même chose ailleurs, on ne sait pas pourquoi c’est comme cela. J’ai bien le sentiment qu’on les a mis pour orner le décor », a critiqué Gérard. « Pourtant dans ce périmètre, on sait bien que les prostituées sont nombreuses à racoler les clients la nuit », a commenté David Mégnigbèto, conducteur de véhicule à l’ORTB. Certains distributeurs semblent en effet avoir fait leur temps au Bénin. Une cinquantaine d’entre eux ont été installés dans différents lieux stratégiques du pays depuis le début des années 2000, mais aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ne fonctionnent plus.
De l’euphorie à la désillusion
L’initiative avait été mise en œuvre à l’origine par le projet ‘Santé, service sociaux au profit des adolescents et des jeunes’ (3S ADOS) et OSV-Jordan, une ONG médicale spécialisée dans la santé de la reproduction et la sensibilisation sur le VIH/SIDA, avec l’appui financier du Fond des Nations Unies pour la population (FNUAP). « Nos premiers distributeurs ont été installés entre 2000 et 2001 dans les zones à forte affluence et dans les milieux juvéniles. On les a mis dans les universités, les centres de jeunes et de loisirs à Pobè, Bohicon, Kandi [plusieurs localités du Bénin] », s’est souvenu Achille Métahou, épidémiologiste VIH/SIDA, responsable formation, suivi et évaluation de projet de santé de la reproduction à OSV-Jordan. Cette initiative était partie d’un constat, a expliqué M. Métahou. « Les gens ne vont pas dans les centres de santé pour [chercher] les préservatifs. Ils craignent les regards devant les comptoirs de pharmacie et dans les boutiques ». Puis, « on a commencé par mettre les préservatifs dans les toilettes et quelques temps après, on a remarqué qu’ils disparaissaient. Nous en avons déduit qu’il y avait un besoin réel… d’où l’installation de ces distributeurs », a-t-il poursuivi. Mais le temps, et surtout les comportements inciviques, ont conduit l’initiative presque au bord de l’échec, à en croire les différents acteurs. « Il y a deux faiblesses qui expliquent les problèmes que rencontrent les distributeurs », a dit Jérémie Houssou, coordonnateur ventes et distribution pour le Programme de marketing social et de communication pour la santé, PSI-Bénin. « Ils sont régulièrement sabotés par les utilisateurs qui y mettent n’importe quelle pièce de monnaie, [et d’autre part] le cycle de remplissage n’est pas respecté car les gestionnaires, voyant l’utilisation que les consommateurs en font, ne veulent plus prendre le risque d’engager des frais inutilement ».
Le découragement
OSV-Jordan a confirmé ces difficultés. « On faisait un suivi périodique tous les mois, on avait même formé des pairs éducateurs pour orienter les cibles vers les distributeurs et les éduquer sur son exploitation, et cela évoluait positivement. Mais l’incivisme des populations a fini par prendre le pas. Les gens vont même jusqu’à utiliser les monnaies étrangères, pourvu qu’elles déclenchent le système ! », a déploré M. Métahou. L’absence de maintenance régulière peut aussi expliquer en partie la situation des distributeurs au Bénin. « Il n’y a pas eu de lignes budgétaires et on a eu des difficultés pour faire face à la maintenance », a-t-il dit. A cela il faut ajouter un manque de coordination et de prévision, a-t-il estimé. « Au départ la boîte de quatre préservatifs coûtaient 50 francs CFA, et les distributeurs de l’époque étaient [adaptés à des pièces de cette taille]. Aujourd’hui, avec le changement du label ‘Prudence’ en ‘Prudence Plus’ de PSI-Bénin, ce n’est plus à 50 mais à 100 francs CFA », a noté M. Métahou. « Ce changement de coût a beaucoup joué sur les choses, puisqu’on s’est trouvé dans l’incapacité d’utiliser les anciens distributeurs ». Pourtant, l’abandon de ces distributeurs automatiques serait une mauvaise nouvelle pour la lutte contre le sida, ont estimé plusieurs acteurs. « [Le distributeur] a l’avantage de renforcer l’accessibilité et la disponibilité du produit. Les gens vont facilement vers le produit, ça motive à l’utilisation et ça renforce la discrétion », a noté M. Houssou de PSI-Bénin.
Espoir malgré tout
L’arrêt de mort des distributeurs n’a cependant pas encore été signé, comme le montrent différentes initiatives. Après la phase de découragement, OSV-Jordan a annoncé reprendre son bâton de pèlerin et renégocier avec le FNUAP en vue de relancer l’expérience des distributeurs automatiques, en tirant les leçons des erreurs du passé. Le Projet Corridor, un projet régional de lutte contre le sida le long des axes migratoires entre Abidjan (Côte d’Ivoire) et Lagos (Nigeria), a également fait installer des distributeurs dans les localités frontalières. Les machines y fonctionnent sans discontinuer, a constaté IRIN/PlusNews. Des projets similaires sont également en cours au ministère de l'Eau et dans 13 mairies du nord du Bénin, dans le cadre d’un projet transversal de prévention appuyé par la coopération allemande et mis en œuvre par PSI-Bénin. Des initiatives nécessaires, selon plusieurs acteurs de la lutte contre le sida, qui estiment qu’il faut relancer l’intérêt des populations pour ce moyen de prévention de l’infection au VIH, l’utilisation du préservatif semblant connaître une tendance à la baisse ces dernières années. En 2007, 8,2 millions de préservatifs ont été vendus, contre 10 millions en 2004, selon PSI-Bénin, un désintérêt qui a accompagné la baisse du taux de prévalence du VIH au Bénin –autour de deux pour cent aujourd’hui- et qui pourrait en partie y être lié, les populations relâchant leur vigilance.
Godefroy Macaire CHABI
samedi 26 juillet 2008
BÉNIN: Des relations sexuelles à risque, à la faveur de l'obscurité forcée
COTONOU, 24 juillet 2008 (PlusNews) - Alain*, un jeune habitant de Cotonou, se dit comblé : depuis que des délestages plongent régulièrement la principale ville du Bénin dans l’obscurité, il n’a plus à se préoccuper de payer une chambre d’hôtel pour avoir une relation sexuelle occasionnelle – un coin tranquille dans une rue sombre suffit. Dans de nombreux pays de la sous-région, l’explosion du prix du baril de pétrole au cours des derniers mois a entraîné une recrudescence des coupures d’électricité, dans des pays dont l’économie nationale se trouve dans l’incapacité de supporter les surcoûts liés au fonctionnement de la plupart de leurs centrales électriques. Depuis plusieurs mois, les délestages sont donc le lot quotidien des habitants de Cotonou. Tandis que la majorité de la population ne voit dans ces coupures récurrentes que des inconvénients, certains jeunes y trouvent, eux, des avantages. « Avant, je n’arrivais pas à faire régulièrement l’amour, car pour y arriver il faut amener la femme soit à la maison, soit dans une chambre de passage », a expliqué Alain, chauffeur de taxi dans une gare routière du quartier Jonquet, en plein centre de Cotonou. « C’était un grand souci pour moi, puisque cela implique qu’il faut en avoir les moyens ». Une chambre d’hôtel de passage lui coûtait entre 1 000 et 1 500 francs CFA (de 2,4 à 3,6 dollars), tandis que ramener une femme chez lui était risqué, a-t-il dit. « Ma vraie copine pouvait à tout moment me surprendre si je me hasardais à le faire. Aujourd’hui, il suffit que je guette l’obscurité pour me satisfaire ». Le quartier Jonquet a acquis une réputation sulfureuse, au-delà même des frontières du Bénin, en raison des nombreuses travailleuses du sexe qui y exercent et des hommes à la recherche d’une relation sexuelle occasionnelle qui les fréquentent. Jusqu’à il y a quelques mois, Jean-Marc*, un célibataire de 35 ans, n’osait pas trop venir dans cette zone, malgré son désir d’avoir des relations sexuelles. « Je n’ai pas de petite amie et … je fréquentais ce quartier à la recherche de prostituées, mais en même temps, j’avais très honte, car étant donné que c’est un quartier animé, j’ai toujours craint de me faire identifier », a-t-il expliqué à IRIN/PlusNews. Un souci qu’il n’a plus depuis quelques mois. « Maintenant, il y a régulièrement l’obscurité dans ce quartier et je n’ai plus honte, je fais tout ce que je veux », s’est-il réjouit. « [Une fois], ils ont coupé l’électricité toute la nuit », a raconté Pierre Ola, un étudiant de 22 ans. « J’ai passé tout mon temps dans un lieu calme et un peu isolé avec ma petite amie qui a avancé à ses parents de faux arguments pour sortir de la maison ». Comme Alain, Jean-Marc, Pierre et bien d’autres, de nombreux jeunes, limités par leur absence d’autonomie financière, la surveillance parentale ou la pression sociale, ont trouvé dans cette obscurité forcée un refuge.
« Le délestage ne fait pas que du mal, même si quelque part cela gêne l’économie et provoque des désagréments », a estimé Guy Gbété, un jeune mécanicien. « Au moins ça permet à la jeunesse de s’exprimer sexuellement. Car il y a trop de blocages actuellement pour nous, les jeunes ».
Inquiétudes
Ces délestages inquiètent en revanche des acteurs de la lutte contre le sida, qui y voient un facteur de risque de propagation des infections sexuellement transmissibles (IST), notamment du VIH, les conditions n’étant pas réunies pour favoriser des relations sexuelles protégées. « Une enquête nous a permis de savoir que dans certaines zones de Cotonou, beaucoup de choses se passent les nuits depuis que nous connaissons ces délestages, au mépris des règles de prévention [du VIH/SIDA] », a dit à IRIN/PlusNews Achille Métahou, d’OSV Jordan, une organisation non gouvernementale béninoise spécialisée dans la santé. « Il n’y a aucun doute que ceux qui profitent du délestage et de l’obscurité que cela induit pour faire l’amour ne respectent pas toujours les règles élémentaires en termes de protection », a-t-il affirmé. Maxime Akpé, un électricien moto, a confirmé que la précipitation dans laquelle avaient souvent lieu ces relations le conduisait parfois à l’imprudence. « Il m’arrive de porter des préservatifs, mais le jour où je suis très excité, j’oublie, surtout si la jeune fille est pressée de partir, je passe directement à l’acte », a-t-il avoué. Les inquiétudes des acteurs de la lutte contre le sida face à ce phénomène sont confortées par le fait que si le taux de prévalence du VIH au Bénin a baissé de manière significative ces dernières années, passant sous la barre des deux pour cent, selon les autorités, le taux d’utilisation du préservatif a connu la même tendance : 8,2 millions de préservatifs ont été vendus en 2007, contre 10 millions trois ans plus tôt, selon l’organisation internationale de marketing social PSI-Bénin. Les autorités béninoises se sont dites conscientes des effets néfastes des délestages, pas uniquement en ce qui concerne la lutte contre le sida et les IST. « Les conséquences s’observent dans tous les domaines actuellement. Voilà pourquoi nous faisons tout pour expérimenter toutes les solutions afin d’éviter des dérives sociales », a indiqué Nazaire Dossou, directeur général de la Société Béninoise d’énergie électrique. En attendant, certains jeunes se sont dits prêts à prendre leurs responsabilités, et à ne pas se laisser attirer par la facilité des rencontres à la faveur de l’obscurité. « Je crois que en tant que jeunes, nous devons prendre conscience d’une telle situation de délestage et voir quelles peuvent être nos propositions, plutôt que d’y voir un moment de dépravation », a affirmé Philippe Sounou, jeune comptable dans une entreprise privée de Cotonou. « De toute façon, ça peut être suicidaire, avec les nombreuses maladies qui circulent ».
*Patronyme occulté
Godefroy Macaire CHABI
« Le délestage ne fait pas que du mal, même si quelque part cela gêne l’économie et provoque des désagréments », a estimé Guy Gbété, un jeune mécanicien. « Au moins ça permet à la jeunesse de s’exprimer sexuellement. Car il y a trop de blocages actuellement pour nous, les jeunes ».
Inquiétudes
Ces délestages inquiètent en revanche des acteurs de la lutte contre le sida, qui y voient un facteur de risque de propagation des infections sexuellement transmissibles (IST), notamment du VIH, les conditions n’étant pas réunies pour favoriser des relations sexuelles protégées. « Une enquête nous a permis de savoir que dans certaines zones de Cotonou, beaucoup de choses se passent les nuits depuis que nous connaissons ces délestages, au mépris des règles de prévention [du VIH/SIDA] », a dit à IRIN/PlusNews Achille Métahou, d’OSV Jordan, une organisation non gouvernementale béninoise spécialisée dans la santé. « Il n’y a aucun doute que ceux qui profitent du délestage et de l’obscurité que cela induit pour faire l’amour ne respectent pas toujours les règles élémentaires en termes de protection », a-t-il affirmé. Maxime Akpé, un électricien moto, a confirmé que la précipitation dans laquelle avaient souvent lieu ces relations le conduisait parfois à l’imprudence. « Il m’arrive de porter des préservatifs, mais le jour où je suis très excité, j’oublie, surtout si la jeune fille est pressée de partir, je passe directement à l’acte », a-t-il avoué. Les inquiétudes des acteurs de la lutte contre le sida face à ce phénomène sont confortées par le fait que si le taux de prévalence du VIH au Bénin a baissé de manière significative ces dernières années, passant sous la barre des deux pour cent, selon les autorités, le taux d’utilisation du préservatif a connu la même tendance : 8,2 millions de préservatifs ont été vendus en 2007, contre 10 millions trois ans plus tôt, selon l’organisation internationale de marketing social PSI-Bénin. Les autorités béninoises se sont dites conscientes des effets néfastes des délestages, pas uniquement en ce qui concerne la lutte contre le sida et les IST. « Les conséquences s’observent dans tous les domaines actuellement. Voilà pourquoi nous faisons tout pour expérimenter toutes les solutions afin d’éviter des dérives sociales », a indiqué Nazaire Dossou, directeur général de la Société Béninoise d’énergie électrique. En attendant, certains jeunes se sont dits prêts à prendre leurs responsabilités, et à ne pas se laisser attirer par la facilité des rencontres à la faveur de l’obscurité. « Je crois que en tant que jeunes, nous devons prendre conscience d’une telle situation de délestage et voir quelles peuvent être nos propositions, plutôt que d’y voir un moment de dépravation », a affirmé Philippe Sounou, jeune comptable dans une entreprise privée de Cotonou. « De toute façon, ça peut être suicidaire, avec les nombreuses maladies qui circulent ».
*Patronyme occulté
Godefroy Macaire CHABI
vendredi 30 mai 2008
La publicité et l'Internet: comment ne pas moraliser les rapports?
Seuls quelques uns ne le savent pas, l’Internet a tout révolutionné. Les rapports, les habitudes, les visions, les mentalités, les approches. En bien, mais énormément aussi en mal quoiqu’on dise. Que contrôle t-on encore réellement sur la toile ? Illusoire, selon beaucoup, de s’y mettre au regard déjà du rythme considérable de circulation des contenus et du volume des informations. L’essor, notamment, de la blogosphère contribue à l’envol à grande échelle d’un autre type de média à l’intérieur du grand média que représente déjà le web. Dans un tel environnement tout devient possible. Le web devenant un lieu privilégié de concurrence de produits réalisés par les grosses firmes internationales, les entreprises moyennes voire les groupes, associations et individus.Une hyper démocratisation qui pave la voie à toutes sortes de dérives. Puisque personne ne contrôle véritablement personne sur la toile. Les inspirations sont alors relâchées et chacun y va avec gourmandise.Même permissifs, les médias classiques (radio, télévision, cinéma, journaux, etc) sont encore quelque peu sensibles à l’éthique et ont encore le pouvoir de donner leur avis sur les contenus. Rarement, cela est le cas du web. Il y a encore ici un libertinage qui fait de cet espace un lieu d’enfouissement systématique des frustrations, des philosophies, des idéologies et de toutes sortes d’envie. Nombre de sites web et de blogs représentent aujourd’hui une passerelle privilégiée pour n’importe quel type de publicité. Et beaucoup d’autres s’apprêtent à le devenir, dans un cercle de confusion totale. Si en général, il est aisé de mettre en doute les informations généralistes dont nous abreuve quotidiennement l’Internet, la publicité qui y passe devient un autre sujet de préoccupation majeure. Dévoyée, malhonnête, truquée à outrance, magique à fond, insultante, injurieuse, incommode, la web-publicité souligne à merveille les contraintes auxquelles le monde doit faire face au cours des prochaines décennies.Il y a nécessité de penser à une approche permettant de distinguer nettement entre l’action de la publicité sur la toile et les impacts plausibles sur les différentes cibles.La course effrénée à l’immoralité n’avait pas autant atteint sa côte d’alerte qu’aujourd’hui. Des centaines de milliers d’internautes sont bien conscients de ce que leurs actions emprisonnent l’ensemble de la société et rendent le jeu de la concurrence profondément déloyal.De ce fait, on est embarqué dans un éternel tourbillonnement dont il est difficile d’imaginer l’issue. Car si avec les médias traditionnels, avoir accès à la « grande publicité » est conditionné par les moyens, nous sommes en face d’un nouveau média qui ne présente pas les mêmes exigences d’accès, et qui provoque en permanence au regard de ce qu’on en sait un effet de prostitution avancé.Le perdre de vue serait, refuser de reconnaître que l’Internet est l’un des fléaux de notre époque auquel il serait difficile de trouver facilement un vaccin efficace. Car, à mesure que les essais seront concluants, même les malades trouveront les moyens de rendre le virus inattaquable.Il ne faut pas s’y complaire, la publicité sur la toile est une vraie pathologie, auquel une approche conséquente doit être opposée associant dans une démarche holistique une bonne quantité de compétences sociales sensibles à la question.A l’allure où vont les choses et au regard des rapports qu’ils entretiennent, l’internet et la publicité ne font pas bon ménage. Inutile, en revanche de chercher à provoquer la rupture entre les deux, ce qui ne contribuera qu’à aggraver la situation, mais il est extrêmement important d’y mettre plus d’éthique et un maximum de morale pour limiter la saignée.
Godefroy Macaire CHABI
Godefroy Macaire CHABI
La publicité abrutit-elle?
Je regardais la télévision en compagnie d’un groupe d’amis, et tous nous étions effarés par un spot publicitaire qui passait et vantait le travail d’un pressing. Globalement, il est dit dans ce spot qu’une tâche que porte une veste pouvait être décrottée en 5 minutes seulement. Bref, l’élément tendait à convaincre la clientèle sur la possibilité de remettre l’habit et le retirer en l’espace de 5 minutes. Notre réaction fut presque concertée, soulignant le caractère irréaliste de ce qui est avancé avec brutalité à nos yeux.Tout cela résume à merveille le caractère fonctionnel de la publicité et l’étoffe qu’elle a d’amener les autres vers l’irréel. La frontière entre la publicité et l’irréel ne cesse alors de s’élargir avec l’essor de la société de consommation et les exigences qui vont avec.Imaginons une publicité qui souligne avec insistance les merveilles de la planète Mars et exhorte les gens à y aller pour y trouver tout le bonheur dont ils ont besoin. Même les personnes les plus rêveuses auront quelque réticence à y croire. Car l’irréalisme aurait été poussé à son comble. C’est exactement l’image que la publicité nous projette au quotidien, sans qu’on ne s’en rende facilement compte.L’ère de la publicité mensongère est celle que nous vivons avec allégresse ces dernières décennies et que notre psychologie n’est pas encore prête de rejeter. Seuls quelques-uns arrivent encore à déclencher la réflexion sur les vrais apports de la publicité dans leur quotidien. Et même lorsqu’ils le font, ils n’attendent pas d’avoir des réponses précises à leurs inquiétudes avant de retomber dans le piège de la pub.La publicité n’est pas sincère et il n’est pas besoin d’entreprendre quelque discours que ce soit à son sujet. Dans l’essence même du mot, il y a quelque chose de trompeur et d’insidieux qu’il faudra réussir à décrypter. Lorsqu’on dit, « je vais vous faire de la publicité », on décide de dire plus que vous n’êtes et vous ne pouvez. Il y a donc là quelque chose de « caché » en vous qu’on ne voudrait pas souligner, sous peine de vous défavoriser.La publicité ne dérange pas. C’est lorsque ça gêne qu’on parle de mauvaise publicité. Cette opposition souligne à souhait l’esprit et le corps de la fonction publicitaire.Il y a de plus en plus dans la publicité quelque chose de dérangeant : son futurisme exagéré doublé de son effet psychologique très marqué.Le combat aujourd’hui, c’est d’humaniser la publicité afin de lui donner un côté plus acceptable et moins pontifiant.Le constat devient plus perceptible en face d’images télévisuelles, car l’effet d’entraînement de la publicité reste de toute évidence plus prononcé à la télévision qu’à la radio, en raison de la nature du média et de son influence sociale trop vaste. La publicité, parce qu’elle a une certaine force peut farcir l’existence de ceux qui y voient leur salut et créer par voie de conséquence un rapport continu de dépendance au niveau des destinataires. Voilà pourquoi il y a parfois une réaction de témérité voire de résistance venant rarement de la part de ceux qui se refusent à tomber sous le charme inévitable de la publicité.L’idée aujourd’hui n’est pas d’engager un combat stérile et inutile contre la publicité. Car même dans ce cas la bataille serait perdue d’avance de la part des assaillants. Mais c’est à plus de critique vis-à-vis de la publicité qu’il est question pour réduire considérablement la marge de malhonnêteté et donner plus de confiance aux différents acteurs sociaux. Il y a une démarche prudente qui consistera aujourd’hui à voir dans la publicité une fonction hypnotisante qui mérite qu’on soit moins hâtif à la consommer. Car dans la fonction publicitaire il y a un effet-aimant hyper magnétisant dont doit se préoccuper chaque individu.Il y a une exubérante tendance qui arrive dans la presse écrite, notamment les magazines, et qui contre toute attente finira par prendre le dessus dans les prochaines années. Cette vague domine l’audio dont le substrat premier n’est que le son.Ici les projections déforment la société, ses hommes et transforment grandement les visions, les modèles, les valeurs, les traditions et les pratiques.L’orgueil sociétal et les valeurs partagées en communauté peuvent être des refuges à l’hyper exagération et les déviances auxquelles préparent continuellement la publicité.La société doit maintenant opposer ses valeurs aux bourrasques emmenés par la vogue de la publicité afin que l’ordre normal puisse être celui voulu par chacun et non celui imposé par la logique de la consommation et de la société mondialisée voire globalisée.Car, tout le monde semble défendre la culture de la diversité face à la logique de la mondialisation sans trop mener la réflexion sur l’opposition radicale à mener contre l’essor inquiétant de la publicité. Il est évident que la société de la publicité doit inquiéter les détracteurs de l’uniformisation. Car, la publicité quel que soit son espace et son territoire obéit à une frappante logique d’imposition, et fait appel à « la loi du plus fort ».La montée vertigineuse des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication vient renforcer l’inquiétude. L’Internet ne pardonne plus et chacun sourit continuellement à son charme.
Les archives du Bénin sont revenues sur leur terre
« Mémoire d’Outremer », voilà le titre du film que projette Cinémémoire-Marseille dès ce soir au Centre Culturel français de Cotonou. Un film réalisé à partir d’archives de familles dans les colonies françaises. L’esprit de ce film est de mettre en évidence les interactions entre deux mondes. Les images du film Mémoire d’Outremer ont été collectées et archivées par l’Association Cinémémoire à marseille. Il s’agit cinémathèque de films de familles et d’amateurs dont le fonds est principalement constitué d’images de la Région Provence Alpes Côte et des anciennes colonies françaises. Le Directeur de Cinémémoire est au Bénin pour faire voyager ce film entre Cotonou et Parakou.
dimanche 25 mai 2008
BÉNIN: La hausse des prix divise les ménages
COTONOU, 23 mai 2008 (IRIN) - Dans un sketch diffusé au cours d’une émission de télévision populaire au Bénin, un fermier du nom de Codjo jette sa femme à la rue car elle ne cesse de lui réclamer plus d’argent pour faire les courses. Mais ensuite, lorsque Codjo va lui-même faire ses emplettes, il découvre que les prix ont bel et bien doublé et regrette alors d’avoir éconduit sa femme. Cette fiction est aujourd’hui jouée dans la réalité par les Béninois eux-mêmes, face à la hausse fulgurante du prix des denrées de base observée ces six derniers mois à Cotonou, la grande ville commerciale du Bénin, et dans d’autres villes du pays. « Depuis novembre 2007, l’augmentation varie entre 30 et 50 pour cent », a confirmé Claude Allagbé, directeur de la promotion du commerce intérieur. À Cotonou, le correspondant d’IRIN a notamment noté que le kilogramme de sel se vendait à 450 francs CFA (1,08 dollar), contre 250 francs CFA (0,60 dollar) en novembre dernier. Le kilo de riz est passé de 300 (0,72 dollar) à 450 francs CFA, et le prix de l’huile de palme a fait un bond pour passer de 500 (1,20 dollar) à pas moins de 900 francs CFA (2,16 dollar). Cette hausse des prix a un impact psychologique visible sur les ménages. Au marché d’Attogon, un village des environs de Cotonou, les vendeuses ont expliqué à IRIN qu’il était désormais courant de voir les maris accompagner leurs femmes au marché pour vérifier et comparer les prix. Dernièrement, à Glodjigbé, un autre village, situé à 35 kilomètres de Cotonou, des sages ont même dû intervenir pour calmer un mécanicien, furieux d’entendre son épouse lui réclamer sans cesse davantage d’argent. Des souffrances pour tous La hausse des prix est durement ressentie par un grand nombre de couches sociales. « Les prix de certains produits ont augmenté de sorte que même les personnes qui travaillent n’ont plus les moyens de se les procurer », a déclaré Anselme Amoussou, enseignant. Mais ce sont les populations rurales qui en pâtissent le plus. En effet, selon Etienne Badou, membre de la Ligue de défense des consommateurs du Bénin (LDCB), « même si des scènes de cassure et de division ne sont pas inexistantes [en milieu urbain], elles sont moindres par rapport aux zones rurales », où les populations sont plus pauvres. Les taux de carence nutritionnelle les plus élevés du Bénin sont d’ailleurs observés dans les districts de Malamville et Karimama, dans le nord rural du pays.
En tout, environ 33 districts sur les 77 que compte le Bénin sont « exposés à un risque d’insécurité alimentaire », selon le Programme alimentaire mondial (PAM). D’après le PAM, 23 pour cent des enfants béninois de moins de cinq ans présentent des signes de retard de croissance modéré et 11 pour cent des enfants souffrent de malnutrition grave. Réduction d’impôt Le 30 avril, le gouvernement béninois a annoncé qu’il prendrait un ensemble de mesures destinées à faire face à la hausse des prix. Le 1er mai, l’application de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée), une taxe prélevée sur les produits locaux et importés pour financer les services sociaux, a été suspendue pour le riz, la farine, ainsi que d’autres produits de base. Mais cette mesure ne semble pas avoir porté ses fruits. « Il y a eu quelques problèmes de contrôle au niveau des détaillants, dans l’application des mesures prises par le gouvernement », a dit M. Allagbé, le directeur de la promotion du commerce intérieur. Le problème, selon l’économiste béninois Rhétice Dagba, repose sur le fait que le gouvernement n’a aucun moyen de s’assurer que les commerçants font profiter les consommateurs de cette réduction d’impôts. Pour appliquer cette politique, « il faut, si l’on veut être rigoureux, un inspecteur par produit et par marché », a recommandé M. Dagba. Autosuffisance Pour compenser la hausse des prix, le gouvernement béninois promeut également l’autosuffisance alimentaire ; pour y parvenir, selon Roger Dovonou, le ministre de l’Agriculture, il faudrait plus que doubler le volume de production actuel. Au Bénin, comme dans d’autres pays d’Afrique, la politique agricole consiste en effet depuis 30 ans à encourager les « cultures de rente [destinées à l’exportation], au détriment des cultures vivrières », selon l’économiste Rhétice Dagba. Il faudra du temps pour mettre en œuvre cette nouvelle politique d’autosuffisance alimentaire, a-t-il ajouté. Autre solution, à plus court terme : mettre en circulation les réserves alimentaires nationales. « Des céréales seront mises sur le marché », a déclaré à IRIN Iréné Bio Aboudou, directeur général de l’Office national de la sécurisation des produits alimentaires (ONASA). M. Bio Aboudou espère que cela permettra de faire baisser les prix. Mais cette mesure coûte à l’Etat plus de 35 milliards de francs CFA (83 millions de dollars), selon les statistiques officielles. Et jusqu’ici, les prix n’ont pas cessé d’augmenter, a indiqué à IRIN une mère de famille qui faisait ses emplettes au marché. « Ma famille et moi-même avons de plus de plus de difficultés à vivre avec les moyens que nous avons », a-t-elle confié. « À la maison, ils me font sentir que c’est ma faute. Que c’est moi qui ne me débrouille pas bien ».
En tout, environ 33 districts sur les 77 que compte le Bénin sont « exposés à un risque d’insécurité alimentaire », selon le Programme alimentaire mondial (PAM). D’après le PAM, 23 pour cent des enfants béninois de moins de cinq ans présentent des signes de retard de croissance modéré et 11 pour cent des enfants souffrent de malnutrition grave. Réduction d’impôt Le 30 avril, le gouvernement béninois a annoncé qu’il prendrait un ensemble de mesures destinées à faire face à la hausse des prix. Le 1er mai, l’application de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée), une taxe prélevée sur les produits locaux et importés pour financer les services sociaux, a été suspendue pour le riz, la farine, ainsi que d’autres produits de base. Mais cette mesure ne semble pas avoir porté ses fruits. « Il y a eu quelques problèmes de contrôle au niveau des détaillants, dans l’application des mesures prises par le gouvernement », a dit M. Allagbé, le directeur de la promotion du commerce intérieur. Le problème, selon l’économiste béninois Rhétice Dagba, repose sur le fait que le gouvernement n’a aucun moyen de s’assurer que les commerçants font profiter les consommateurs de cette réduction d’impôts. Pour appliquer cette politique, « il faut, si l’on veut être rigoureux, un inspecteur par produit et par marché », a recommandé M. Dagba. Autosuffisance Pour compenser la hausse des prix, le gouvernement béninois promeut également l’autosuffisance alimentaire ; pour y parvenir, selon Roger Dovonou, le ministre de l’Agriculture, il faudrait plus que doubler le volume de production actuel. Au Bénin, comme dans d’autres pays d’Afrique, la politique agricole consiste en effet depuis 30 ans à encourager les « cultures de rente [destinées à l’exportation], au détriment des cultures vivrières », selon l’économiste Rhétice Dagba. Il faudra du temps pour mettre en œuvre cette nouvelle politique d’autosuffisance alimentaire, a-t-il ajouté. Autre solution, à plus court terme : mettre en circulation les réserves alimentaires nationales. « Des céréales seront mises sur le marché », a déclaré à IRIN Iréné Bio Aboudou, directeur général de l’Office national de la sécurisation des produits alimentaires (ONASA). M. Bio Aboudou espère que cela permettra de faire baisser les prix. Mais cette mesure coûte à l’Etat plus de 35 milliards de francs CFA (83 millions de dollars), selon les statistiques officielles. Et jusqu’ici, les prix n’ont pas cessé d’augmenter, a indiqué à IRIN une mère de famille qui faisait ses emplettes au marché. « Ma famille et moi-même avons de plus de plus de difficultés à vivre avec les moyens que nous avons », a-t-elle confié. « À la maison, ils me font sentir que c’est ma faute. Que c’est moi qui ne me débrouille pas bien ».
INTERVIEW ABDERRAHMANE SISSAKO
En 2003, Abderrahmane Sissako enlève le Grand Prix du FESPACO avec Herremakono En attendant le bonheur qui s’appuie sur la thématique de l’immigration. En 2007, il arrive à Ouagadougou avec Bamako. Une autre thématique qui cette fois-ci met le pied à l’étrier et fait un sérieux réquisitoire contre les institutions internationales, type Banque mondiale et Fonds Monétaire International FMI. Leur responsabilité dans le malheur de l’Afrique est fortement mise à l’index dans ce long métrage.
Propos recueillis par Godefroy Macaire CHABI
Pourquoi Bamako, pourquoi pas une autre capitale africaine ?
Je pense que Bamako, c’est tout à la fois. Pour moi, c’est un lieu qui a rendu ses paroles possibles, ses prises de positions aussi. Je l’ai appelé Bamako aussi pour attirer l’attention des gens sur l’existence d’une conscience africaine à travers sa société civile. Des fois on a l’impression que la société civile n’existe pas. Moi, je veux dire qu’au-delà des politiques africaines qui ont leurs grandes responsabilités, il y une autre Afrique consciente qui veut s’en sortir.
Dans Bamako, on fait le procès des instituions de Bretton Woods. C’est une espèce de témérité non ?
Vous savez, chacun se bat à sa manière et apporte sa pierre à l’édifice. L’édifice peut être un pays, comme il peut être un continent. Quand on est artiste du moment, on doit se positionner. Car c’est le rôle de l’artiste de rendre le réel visible et compréhensible pour les gens. J’ai besoin de dire ces choses là comme d’autres le font dans d’autres domaines.
La scène se déroule dans une concession et ce, dans l’indifférence totale de ceux qui y vivent. Pourtant ça n’a aucun lien avec la dette et la privatisation. Pourquoi avoir choisi ce décor ?
Je crois qu’il n’y a pas indifférence. Il y a attention. Moi, j’ai décidé de me placer dans une cour qui est une société en miniature. La vie dans tous les sens qu’elle soit positive ou négative. C’est important de quitter le cadre classique. Ce qui est important, c’est de dire qu’il est possible de changer les choses. Et c’est à nous de le faire. Même si c’est un procès qui vise beaucoup plus les institutions internationales, je suis conscient qu’il y a une co-responsabilité dans ce qui arrive à notre continent. Peut être même une grande responsabilité africaine.
Mais on ne voit pas transparaître cela nettement dans le film ?
On a souvent tapé sur les responsables africains. Moi mon rôle n’est pas de revenir à la charge. J’ai voulu montrer la responsabilité des institutions internationale et expliquer que rien n’est prévu pour contester les systèmes de développement qui rendent les gens de plus en plus pauvres.
Est-ce que ce film a révolutionné quelque chose ?
Les instituions internationales sont au courant. Un film n’est jamais contre, mais construit quelque chose. La balle est dans le camp des institutions d’accepter le dialogue, le partage réel, de donner plus de souveraineté aux Etats ou aux Etats aussi de prendre plus de souveraineté. C’est un film qui interpelle et j’ose espérer que les institutions feront quelque chose
Vous faites de la fiction. Mais dans ce film, on voit la réalité. Vous citez directement Georges Bush, Paul Wolfovitch…..
Moi je veux que ce soit quelque part de la réalité. Partir d’aujourd’hui pour construire demain est mon souci. Certains veulent diriger le monde de façon autoritaire, de façon unilatérale et ce n’est pas juste. Ce n’est pas normal que ce continent qui n’est pas pauvre soit à ce stade et qu’il ne soit pas associé à la distribution de la richesse. Ce n’est pas normal que les multinationales qui sont au Nord profitent uniquement des richesses de ce continent.
On voit qu’aucune sentence n’est prononcée dans ce procès. C’est donc un recommencement
C’est pour cela que je dis que l’art n’a pas pour objectif de changer tout de suite les choses. Ce qu’on propose c’est une réflexion.
Propos recueillis par Godefroy Macaire CHABI
Pourquoi Bamako, pourquoi pas une autre capitale africaine ?
Je pense que Bamako, c’est tout à la fois. Pour moi, c’est un lieu qui a rendu ses paroles possibles, ses prises de positions aussi. Je l’ai appelé Bamako aussi pour attirer l’attention des gens sur l’existence d’une conscience africaine à travers sa société civile. Des fois on a l’impression que la société civile n’existe pas. Moi, je veux dire qu’au-delà des politiques africaines qui ont leurs grandes responsabilités, il y une autre Afrique consciente qui veut s’en sortir.
Dans Bamako, on fait le procès des instituions de Bretton Woods. C’est une espèce de témérité non ?
Vous savez, chacun se bat à sa manière et apporte sa pierre à l’édifice. L’édifice peut être un pays, comme il peut être un continent. Quand on est artiste du moment, on doit se positionner. Car c’est le rôle de l’artiste de rendre le réel visible et compréhensible pour les gens. J’ai besoin de dire ces choses là comme d’autres le font dans d’autres domaines.
La scène se déroule dans une concession et ce, dans l’indifférence totale de ceux qui y vivent. Pourtant ça n’a aucun lien avec la dette et la privatisation. Pourquoi avoir choisi ce décor ?
Je crois qu’il n’y a pas indifférence. Il y a attention. Moi, j’ai décidé de me placer dans une cour qui est une société en miniature. La vie dans tous les sens qu’elle soit positive ou négative. C’est important de quitter le cadre classique. Ce qui est important, c’est de dire qu’il est possible de changer les choses. Et c’est à nous de le faire. Même si c’est un procès qui vise beaucoup plus les institutions internationales, je suis conscient qu’il y a une co-responsabilité dans ce qui arrive à notre continent. Peut être même une grande responsabilité africaine.
Mais on ne voit pas transparaître cela nettement dans le film ?
On a souvent tapé sur les responsables africains. Moi mon rôle n’est pas de revenir à la charge. J’ai voulu montrer la responsabilité des institutions internationale et expliquer que rien n’est prévu pour contester les systèmes de développement qui rendent les gens de plus en plus pauvres.
Est-ce que ce film a révolutionné quelque chose ?
Les instituions internationales sont au courant. Un film n’est jamais contre, mais construit quelque chose. La balle est dans le camp des institutions d’accepter le dialogue, le partage réel, de donner plus de souveraineté aux Etats ou aux Etats aussi de prendre plus de souveraineté. C’est un film qui interpelle et j’ose espérer que les institutions feront quelque chose
Vous faites de la fiction. Mais dans ce film, on voit la réalité. Vous citez directement Georges Bush, Paul Wolfovitch…..
Moi je veux que ce soit quelque part de la réalité. Partir d’aujourd’hui pour construire demain est mon souci. Certains veulent diriger le monde de façon autoritaire, de façon unilatérale et ce n’est pas juste. Ce n’est pas normal que ce continent qui n’est pas pauvre soit à ce stade et qu’il ne soit pas associé à la distribution de la richesse. Ce n’est pas normal que les multinationales qui sont au Nord profitent uniquement des richesses de ce continent.
On voit qu’aucune sentence n’est prononcée dans ce procès. C’est donc un recommencement
C’est pour cela que je dis que l’art n’a pas pour objectif de changer tout de suite les choses. Ce qu’on propose c’est une réflexion.
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