dimanche 16 novembre 2008

Les Etats Unis d’Afrique, et après ?

Ces dernières 48 heures, nous avons pu voir à la télévision deux gros avions charters atterrir à l’aéroport de Bamako, avec à leur bord des centaines de jeunes maliens aux visages déconfits et aux yeux hagards, comme s’ils étaient jetés dans un univers qui leur était inconnu. Pourtant, ils étaient chez eux d’une ritournelle libyenne. Car, l’image n’est pas nouvelle et rappelle des dizaines d’autres expéditions dont nous gratifie encore l’actualité allant de la Libye au couloir de Lampedusa en passant par les hauteurs de barbelés du Maroc.

Beaucoup en regardant ces images et en constatant que c’étaient des maliens se seraient exclamé : Encore eux !

Curieusement à leur descente des avions qui les ramenaient, les « revenus » n’avaient qu’un nom à la bouche « Kadhafi ». Même dans les rues de Bamako, les personnes interviewées n’ont raté aucune occasion pour brocarder avec une violence d’expression le Guide de la Révolution libyenne, en se moquant littéralement de son projet des Etats Unis d’Afrique. Toute observation faite, il s’agirait d’un fétu dont peut se moquer le vent.

Globalement pour tout ce monde, l’opération de rapatriement collectif représente un échec de cette vision que défend activement Mouamar Kadhafi.

C’est certainement une bonne curieuse des nombreuses façons de voir les choses.

A l’attention, la réaction des uns et des autres souligne toute l’irresponsabilité qui entoure le discours et explique que l’Afrique refuse toujours de laisser place au bon sens et de savoir s’assumer.

Je me rappelle très bien qu’un Ministre français avait affirmé il y a quelques années déjà que la France n’allait pas collecter toutes les misères du monde. Relayé après par l’ex Président de La République, Jacques Chirac. A l’époque, malheureusement comme les africains nous en ont donné l’habitude, il y a eu moult récriminations et protestations de toutes natures pour dénoncer le caractère inamical de cette position et son parfum amnésique. Comme si en l’affirmant, leurs auteurs oubliaient les rapports historiques entre la France et l‘Afrique, et qui devraient contraindre les autorités à accepter que n’importe qui s’installe en France.

Cela tombe sous le sens. A chaque fois qu’on décide de discipliner les africains dans ce sillage, ils cherchent toutes sortes de corrélation.

Qu’on se le tienne pour dire. A moins d’opter pour la paresse intellectuelle qui veut qu’on interprète les choses selon ses propres intérêts du moment. Le projet des Etats Unis d’Afrique s’il faut y croire, ne devrait être réduit à cette simple expression. Plus clairement, ce n’est guère parce que quelqu’un a pris sur lui le leadership d’un tel projet que le territoire de son pays s’en verrait marqué et que toute l’Afrique s’y trouverait un abri.

Imaginez tous les citoyens américains s’agglutiner dans l’Etat de New York parce qu’il serait la plus grande place financière américaine et la capitale boursière.

Raisonnablement, il ne devrait avoir aucun déterminisme dans ce sillage sauf si l’on a envie de retomber dans l’hypocrisie qui malheureusement reste et demeure un des nombreux maux qui accablent ce Continent.

L’immigration aussi bien à l’échelle de l’Afrique qu’au-delà ne peut s’envisager que sur la base des règles et des procédures bien précises.

Les Etats Unis s’ils doivent être une réalité demain revient tout simplement à parler de responsabilité de l’ensemble des pays et des acteurs du Continent qui doivent changer d’orientation et prendre en charge leur propre destin pour assurer le bonheur des populations.

Même avec ses pétro dollars, il est encore illusoire de croire que Kadhafi a déjà garanti le plein bonheur à son peuple et supporter le lourd fardeau des autres.

Si vous aimez les Maliens, dites leur de prendre de la hauteur et d’apprendre à compter sur eux même et non sur la Lybie.

Le Ministre malien de l’intégration africaine l’a visiblement compris et pourra en parler à ceux de ses compatriotes qui ont encore la comprenette difficile.

Car en voyant la psychologie des jeunes débarqués sur la piste de l’aéroport de Bamako, j’ai cru l’avoir entendu dire à leur endroit : « Le peuple a besoin de vous ».


Godefroy Macaire CHABI

mercredi 5 novembre 2008

Collin POWELL, Secrétaire d'Etat de Obama?

Pourquoi pas? Qui pourrait en douter, comme s'il ne s'agissait que d'une association contre nature Bush-Obama ou Obama-McCain?

Les choses ont tellement évolué ces derniers temps que pour Collin Powell, il pourrait être perçu comme un lâchage tout éventuel éloignement du petit Obama, devenu GRAND depuis hier.

Il est bien possible que Collin puisse être pris d'envie de se remettre dans ses habits d'il y a quelques années pour épauler celui dont on dit qu'il serait inexpérimenté dans les questions internationales.

Tout est désormais possible dans cette Amérique qui a étonné le monde hier comme elle l'a déjà fait il y a 8 ans lorsqu'il a fallu recompter morceau après morceau les suffrages des électeurs. L'impression à l'époque avait été que la démocratie sous les Tropiques a inspiré la Géante Amérique.
Aujourd'hui, c'est au Kenya qu'on ressent plus l'étonnement. Et là bas, Collin Powell ne déplairait à personne.

Godefroy Macaire CHABI

mercredi 29 octobre 2008

BÉNIN: La peur du VIH fait fuir les donneurs de sang

COTONOU, 21 octobre 2008 (PlusNews) - La peur d’être testé positif au VIH, le trop faible nombre de donneurs et le manque de formation des travailleurs sanitaires ont mené le Bénin à se retrouver dans une situation de pénurie de sang dangereuse, a prévenu le responsable de l’association nationale des donneurs de sang. Selon Rynce Agassoussi, président de l’Association béninoise des donneurs bénévoles de sang, depuis le début de l’année 2008, le sang fait cruellement défaut dans huit des 12 banques de sang du pays. La situation est moins critique dans les quatre banques des départements restants –l’Atacora et Donga, dans le nord, et le Mono et Couffo, dans le sud- grâce au Projet d’amélioration de la sécurité transfusionnelle, PASTAM, mené par la coopération belge. Le taux de couverture laisse « au moins 25 pour cent des gens [en attente de sang] mourir bêtement », a regretté M. Agassoussi, notant cependant qu’il était difficile de savoir combien de personnes étaient décédées par manque de transfusion sanguine, dans la mesure où les hôpitaux n’indiquaient pas cela comme cause du décès. « Au CNHU [Centre national hospitalier et universitaire, le plus grand hôpital du pays, à Cotonou], tous les soirs, des gens arrivent, en détresse. Ils ont des parents qui ont besoin de sang, mais impossible parfois de leur trouver la moindre goutte. Ils repartent bouleversés », a-t-il dit. Le professeur André Bigot, chef de service de la banque de sang au CNHU, a dit à IRIN que la situation était grave. « Nous avons eu des [patients atteints de] leucémie, de drépanocytose, qui avaient besoin de sang mais n’en ont pas eu », a-t-il dit.

Manque de matériel

Le manque de matériel constitue l’un des multiples obstacles au don de sang, a noté M. Agassoussi. « Parfois le donneur est disponible, mais il n’y a pas de poche pour recueillir son sang », a-t-il témoigné. Selon Augustin Vodounon, technicien de laboratoire au service départemental de prélèvement du sang à Cotonou, « l’absence de matériels ne date pas d’aujourd’hui, mais ces derniers mois, la situation est devenue intenable. Il y a pénurie notamment de réactifs dans tout le pays. On ne peut pas prendre le sang sans le tester ». L’association des donneurs estime qu’il faudrait jusqu’à deux millions de dollars pour acheter suffisamment de réactifs pour couvrir l’ensemble des besoins du pays. Le ministère de la Santé alloue 1,2 million de dollars au fonctionnement des 12 banques de sang du pays, selon M. Agassoussi. Les procédures de passation de marché et d’approvisionnement en réactifs sont longues, et sans ces produits, le sang collecté ne peut être utilisé, a-t-il ajouté.

La peur du VIH

Paradoxalement, ce sont les tests permettant de garantir la sécurité du sang qui découragent certains donneurs, a expliqué M. Agassoussi. « Beaucoup [de gens] ont peur de venir donner leur sang car ils craignent que les analyses ne révèlent qu'ils ont le VIH. Les gens ont aussi peur de beaucoup d'autres maladies comme l'hépatite. C'est une réalité à laquelle on est confronté », a-t-il dit. « Nous pensons que la [baisse du nombre] de donneurs ces dernières années s'explique en partie par cet état de chose, même si il y a beaucoup d'autres raisons ». Une crainte qu’Alain Boton, un étudiant, a confirmée. « Jamais je ne [donnerai mon sang] », a affirmé le jeune homme. « Je sais très bien que les gens ont besoin de sang, mais il ne faut pas qu'en allant les sauver, je me créé des problèmes psychologiques. Je préfère vivre paisiblement comme si de rien n'était ». Un habitant de Cotonou, qui s’est présenté comme Benoît N., a dit qu’il n’accepterait d’être donneur qu’à une condition. « S’il n’y avait pas de tests, je donnerai volontiers mon sang. Mais à partir du moment où mon sang est soumis à différents tests qui peuvent révéler des maladies douteuses, j’aurai des problèmes ». Les gens prêts à donner leur sang existent, particulièrement parmi les étudiants, a noté M. Agassoussi, mais ils sont peu fiables. « Nous collectons généralement deux fois plus de sang parmi les étudiants que dans les centres de dons. Mais lorsque vient le moment des vacances ou des examens, ils disparaissent ».

Problèmes du système de santé

Le responsable national du PASTAM, le docteur Edgar Lafia, a estimé que les pénuries de sang étaient également en partie dues à un système sanitaire désorganisé. « Il faut une infrastructure d’accueil, un laboratoire bien équipé, des réactifs disponibles et un personnel qualifié », a-t-il noté. Le gouvernement a néanmoins fait des efforts pour améliorer le système au cours des dernières années, selon lui, avec le soutien de coopérations bilatérales, notamment la Suisse, la Belgique et l’Allemagne. M. Bigot, du CNHU, a aussi pointé du doigt les multiples grèves nationales de personnels de santé réclamant de meilleures conditions de travail. « L’engouement des donneurs a pu s’émousser s’ils ont été reçus par des travailleurs sanitaires démotivés, frustrés par leurs conditions de travail », a-t-il dit. Au Bénin, les donneurs réguliers et les donneurs fidèles ne dépassent pas les 4 000 par an, sur une population de près de huit millions d’habitants, selon l’association nationale des donneurs bénévoles de sang. A ces donneurs réguliers s’ajoutent les donneurs occasionnels : ils étaient 15 000 en 2007. Avec les grèves enregistrées en 2008, M. Agassoussi craint que les dons connaissent une baisse cette année.

Les patients se tournent vers l’extérieur

Face à la situation de crise, de nombreuses personnes se sont tournées vers des pays voisins, notamment le Togo et le Nigeria. « Il y a quelques jours, j’ai été obligé d’aller acheter du sang au Togo, je n’avais plus le choix », a dit à IRIN Aline, qui s’était, dans un premier temps, adressée au CNHU de Cotonou pour trouver le sang dont sa mère malade avait besoin. Pour M. Bigot, « c’est une honte qu’on en soit arrivé là ». Au Bénin, une poche de sang subventionnée par le gouvernement coûte l’équivalent d’environ quatre dollars, alors que les patients payent trois à quatre fois plus cher hors du Bénin. Face au danger, la banque de sang du CNHU, dont la mission principale est le stockage des lots sanguins, s’est reconvertie dans le prélèvement des dons. L’association des donneurs bénévoles tente quant à elle de mobiliser les populations pour les inciter à se rendre dans les centres de collecte. « Si le tapage sur le don de sang était le dixième de ce qu’on fait sur le sida, on pourrait éviter beaucoup de dégâts et de pertes en vies humaines », a dit M. Agassoussi

Godefroy Macaire CHABI

Notre pensée positive pour les archives audiovisuelles

Le 27 octobre, l'UNESCO a convié l'ensemble de la communauté à dédier la journée aux archives.

J'en profite pour rappeler à l'attention de tous, la menace qui guette les archives audiovisuelles, notamment les professionnelles des médias audiovisuels.

La valeur éducative et didactique des archives est incommensurable.

Il y a des moyens d'éviter une telle catatrophe. Ne loupons pas l'occasion de nous y consacrer. Car le chiffres sont troublants: plus de 800 millions d'heures de radio et de télévision sont en danger de disparition, si l'inaction et l'indifférence deviennent la règle.

Passez le message à tous!

Godefroy Macaire CHABI

BENIN : L’essence de la contrebande menace la sécurité des populations

Paul Kessou jure presque lorsqu’il en parle : « Je ne laisserai jamais cette activité, car c’est elle qui me procure encore le petit bonheur que je vis actuellement ». Et ce jeune de 28 ans et père de deux enfants n’entend faire aucune concession là-dessus.

Pourtant, ce commerce fait moins de bien que du mal dans le pays. Au Ministère du commerce, on estime à près d’un millier par année le nombre des victimes de l’essence au Bénin.

« Ce commerce fait des victimes chaque jour, l’Etat doit vraiment prendre ses responsabilités, dans un pays sérieux ce ne sont pas des choses à tolérer », a réagi Fatim Abdoulaye, une jeune commerçante du centre ville de Cotonou.

Cette essence est appelée « Kpayo », ce qui signifie en langue fon « mauvaise qualité », en raison de sa forte teneur en plomb, propice à la fumée qui s’échappe de l’échappement des motos et des véhicules qui l’utilisent.

La proximité du Bénin avec le Nigéria, grand producteur du pétrole favorise le développement de cette activité.

« Le long des zones frontalières du sud au nord du pays, des milliers de grossistes font entrer le produit sur le territoire national à un rythme inquiétant, et cela constitue aujourd’hui une vraie menace pour la sécurité des populations béninoises de l’intérieur», a informé le Directeur de la promotion du commerce intérieur, Claude Allagbé.

Un commerce dangereux


« N’importe qui achète et vend l’essence Kpayo, à partir de ce moment, on peut s’attendre à tout », s’est indigné Wilfrid Mongazi, spécialiste de l’environnement

Effectivement, la manipulation à grande échelle de l’essence a déjà créé d’énormes dégâts dans le pays, en provoquant de nombreux incendies.

En 2006 à Porga, une ville moyenne située à la frontière avec le Burkina Faso dans le nord du pays, des dizaines de personnes ont trouvé la mort en allant recueillir de l’essence qui s’échappait d’un camion citerne. Parmi ces personnes, des femmes, des enfants à bas âge et des bébés.

En Juin 2008, une pharmacie de Cotonou a été gagnée par des flammes lorsqu’un étalage d’essence se situant à proximité à pris feu.

En 2007, un homme est mort calciné à un grand carrefour lorsque le liquide qu’il transportait sur son engin s’est mis à couler pour toucher son moteur.

Au cours de la même année, un gendarme du nom de Narcisse Akpadji qui roulait sur son engin à une heure de pointe de la soirée à Cotonou a subi une brûlure mortelle, lorsque le bidon d’essence que transportait un taxi moto a explosé.

En 2006, à Ouagbo une campagne située à plus de 100 km de Cotonou, un camion qui fait régulièrement la transaction entre le Sud et le nord du pays s’est renversé et son contenu a pris feu faisant un mort.

Il a quelques jours, en voyant les bouteilles d’essence aux abords des principales voies de Cotonou, des occidentaux en visite au Bénin ont pensé que le pays était un producteur du vin. En apprenant qu’il s’agissait de carburant, ils se sont exclamés : « vous allez brûler tout le pays ! »

Un Etat dépassé parfois par la situation

Face à cela, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures : l’interdiction formelle du commerce de l’essence, la reconversion des vendeurs à d’autres activités et l’encouragement de la construction des stations trottoirs.

Cette dernière mesure s’applique avec satisfaction, plus de 150 stations trottoirs ayant été construites dans le pays depuis 2007, selon M. Allagbé.

Quant aux autres mesures, elles semblent marquer le pas pour diverses raisons.

L’opinion publique évoque la précipitation qui entoure les décisions sans tenir compte des facteurs sociologiques et les calculs politiciens des dirigeants, conscients du vivier électoral que représentent les acteurs de ce commerce.

Pour Bernard Dossou Dossa, Président de l’Association béninoise des consommateurs Que Choisir Bénin, « c’est l’Etat qui ne joue pas son rôle. Si on avait des responsables dignes du nom on en serait pas là »

Plus de 70% du marché de l’essence est dominé par l’informel, a indiqué M. Allagbé.

Dans tout le pays, il est facile de voir aux abords des rues des bouteilles disposées sur des tables, au mépris de toutes réglementations. De même, le spectacle des conducteurs de taxi motos transportant parfois sur un même engin trois ou quatre voire cinq bidons de 50 litres d’essence.

En 2005, a précisé M. Allagbé, 245 millions de litres d’essences en provenance du marché nigérian ont regagné les rues du Bénin contre 36 millions de litres dans les stations réglementaires. En 2007, l’essence du marché noir a atteint 551 millions de litres pendant que le marché formel n’a commercialisé que 81 millions de litres.

Le litre de ce carburant est vendu à 375 FCFA contre 650 FCFA dans les stations service.

Godefroy Macaire CHABI

Film: Africa Paradis du béninois Sylvestre Amoussou

Blanc sur noirs…basculement

Il y a ici quelque chose de vraiment décapant. L'Europe sombre et vit sa galère. L'Afrique entre dans la prospérité et l'opulence puis se pose comme alternative. C'est l'hémorragie des Blancs vers le continent noir à la recherche de l'Eldorado perdu. Olivier et Pauline sont emblématiques d'un destin collectif qui s'écroule. Ils mettent tout en œuvre pour voyager vers cet ailleurs rempli de promesses. Faux papiers, voyage clandestin…. Sur place, c'est la mésaventure : sales boulots, tracasseries avec la police et l'immigration, chasse à l'homme et expulsion.Le scénario joue l'inversion des rôles. Ce sont les Blancs qui doivent maintenant vivre leur part du drame noir en Occident. À eux de vivre les sensations, les visions et les approches des immigrés Noirs.Africa Paradis oppose deux visions du monde. La vision noire feutrée qui entend se sortir d'une injustice en se projetant dans un avenir radieux et lavé de malédictions. La vision blanche, implacable, marquée ici par une certaine fierté incontrôlée, mais rapidement inversée par l'inattendu. Et ce sont ces deux visions qui créent le basculement, trame de fond de ce film. Basculement, on le voit bien dans le sort de deux mondes que tout semble confiner dans une immuabilité. Basculement dans le destin de Pauline et Olivier qui débarquent en Afrique avec un projet commun. Mais l'un se révolte, l'autre pas. Comme eux, beaucoup de "sans voix" vivent cet isolement dramatique. Basculement aussi pour le député Modibo Kodossou défenseur d'une intégration ou d'un maillage inter sociétal. Lui qui finit par s'éprendre de Pauline par la force d'un simple engagement politique. Devrions-nous y voir une invite à l'effondrement des barrières pour construire un monde plus juste, serti sur la prise en compte des diversités ? Sylvestre ne traite-t-il pas ici de façon lisse et novatrice la question de l'immigration avec de nouvelles approches fondées sur le respect de l'humain tout court ?Effectivement, il y a dans Africa Paradis, un aller-retour de regards. Sylvestre suggère que le Noir en position de force développe le même regard que le Blanc. Les fragiles réflexes de Pauline ne tiennent pas le choc face au discours et au regard du député Yokossi et du commissaire, encore moins aux propos naïfs mais sensés de la fille de Modibo. Une appréciation hâtive pourrait y déceler l'apologie du racisme. Ce qui de toute évidence ne permettrait pas de traduire la pensée de Sylvestre. En clair, le député Yokossi et ses suppôts incarnent en tout une "extrême droite africaine" se nourrissant de l'Occident par opposition à une gauche minoritaire dont Modibo est le porte étendard. Partir de l'Afrique pour montrer l'Europe dans son quotidien, est manifestement le désir de Africa Paradis. Partir de l'Afrique pour montrer l'Afrique reste aussi calé dans le projet. Ce qui introduit tout simplement l'image d'une auto culpabilité qui prend appui sur querelles intestines, intrigues diverses et violences gratuites.Voilà la question que ne cesse de poser ce film, non sans une certaine gravité. Juste un moment de vraie hilarité, lorsqu'au parlement on pose une question à Modibo distrait par une caricature. "Qu'est ce que vous pensez de cette éruption volcanique ?" Réponse "Je suis contre". Tout le reste du temps, on s'interroge. Les jeux de lumières sombres sur les visages et les nuances qu'ils introduisent puis les illustrations par la musique originale composée par Wasis Diop évoquent peur, anxiété et doute. Avec des acteurs qui jouent bien leur rôle : Sylvestre Amoussou devant et derrière la caméra, Eriq Ebouaney tient bien son personnage comme dans Lumumba ; Cheik Doukouré, malgré de timides apparitions, en impose. Il y a bien entendu Sandrine Bulteau qui non seulement produit mais joue.La fin est presque pathétique. Et pour les Noirs. Et pour les Blancs. On est donc tous dans un mélodrame. C'est sans doute le courage que Africa Paradis a de poser le problème et de foncer dans ses approches qui lui a valu l'accueil très réservé au niveau de la distribution en Europe.Ce cinéma est bon, il distrait et remobilise vite. Paradoxalement, comme premier long métrage du réalisateur, il annonce une carrière non pas paradisiaque, mais d'enfer.

Godefroy Macaire CHABI

Africa Paradis, de Sylvestre Amoussou, Bénin, 86'. Scénario : Sylvestre AMOUSSOU et Pierre SAUVIL. Images : Guy CHANEL. Musique : Wasis DIOP. Avec Eriq Ebouaney, Sylvestre Amoussou, Émile Abossolo M'Bo, S. Roux, Sandrine Buteau. Sortie : 28 février 2007

Biographie du réalisateur

Agé de 44 ans, Sylvestre Amoussou vit en France depuis une vingtaine d’années. Il a commencé sa carrière comme acteur. Comédien de théâtre, de cinéma et de télévision, Sylvestre est devenu réalisateur par la force des choses. En France, les propositions de rôles pour les africains sont rares. Alors, Sylvestre à la recherche d’un canal d’expression embrasse le travail de réalisateur, et dans cette cordée il réalise « Africa Paradis ».
Comme Réalisateur, il a à son actif deux courts métrages : Les scorpionnes (1997), Africa Paradis (2001, en court Métrage). Puis il a réalisé une série de trois épisodes, « Achille » avant de mettre à l’écran en 2006 le long métrage de Africa Paradis.


A propos de Africa Paradis, voici que le réalisateur déclare :

« J’ai décidé que l’Afrique est devenue un continent riche et l’Europe est devenue totalement décadente. Donc l’immigration change de camp. Et c’est les Blancs, les Européens qui vont au consulat des Etats-Unis d’Afrique pour demander un visa pour se rendre en Afrique. Et évidemment…on leur refuse le visa et ils décident d epartir clandestinement. Dans ce film, on voit enfin les européens vivre…..en fait…un tout petit peu ce que peut vivre un immigré quand il vient en France ».

LIVRE: Pourquoi l’Afrique pleure et s’enfonce ? Les vraies causes et solutions de la misère africaine

L’agronome plante ses idées pour l’Afrique

Ce livre est bon. Et pour cette raison, les avis vont certainement diverger là-dessus. Le livre de Roland Holou est révolutionnaire et assez bien inspiré. Il ne répond pas forcément avec plénitude à la question qu’il pose, mais rare sont les ouvrages qui ratissent si large dans les idées. Le style n’est pas très châtié, seule la profondeur compte dans un ouvrage du genre. Mais avec ce qu’on y lit, il est très facile de voir en ce bouquin une petite révolution et une teinte de témérité. Car chaque page vogue entre tabous et interdiction dans un contexte où dire certaines vérités relève d’un véritable travail d’Hercule.
En réalité, « Pourquoi l’Afrique pleure et s’enfonce ? » dit tout haut ce que les autres pensent tout bas et apparaît ainsi comme un empêcheur de tourner en rond. Car selon Roland Holou, l’Afrique a trop perdu du temps et court le risque d’en perdre davantage si l’inconscience et la complaisance prédominent et restent les seuls étalons du développement.

Les maux cités sont pluriels et ne sont peut être pas exhaustifs même si à première vue, nous avons l’impression que le livre aborde tout.

Les réalités soulignées sont effectivement celles qui serrent le cou au continent et expliquent que malgré la colonisation et le néocolonialisme tout va si mal.

Puisque l’auteur privilégie la question dans son livre, allons-y et fouettons avec lui le passionnant sujet de l’éducation. Ce d’autant plus que l’initiative du livre jaillit d’une expérience personnelle d’étudiant de l’auteur. Ainsi, le coup de gueule est à résumer en ces termes : il ne faut point privilégier la politique du nombre et des statistiques dans le domaine de l’éducation, mais plutôt être attentif à la qualité des hommes formés. En cela, Roland Holou voit dans la démarche éducative empruntée jusqu’à présent, une espèce d’effet de mode qui consiste à exhiber à la face du monde des pourcentages évolutifs des apprenants au fil des années.

Erreur, car ainsi on a fabriqué, constate Roland Holou des adeptes d’un psittacisme exagéré qui n’apportent rien comme solution aux différentes équations qui se posent.

Ce que veut le livre est d’amener chacun à réfléchir par lui-même pour apporter les vraies réponses ou les approches de taille aux situations qui touchent le continent.

Roland Holou et son livre essaient indirectement de montrer que les Objectifs du Millénaire pour le développement sont irrémédiablement sur une corde raide en Afrique tant que le changement des visions des africains restera un vain projet.

Puis, « Pourquoi l’Afrique pleure et s’enfonce ? » sort de ses trippes une autre réponse, celle là pas souvent évoquée clairement jusqu’alors : la sorcellerie. Même pas avec René Dumont, Foirry, Smith et les autres qui ont répertorié avant lui la litanie des maux sur l’Afrique.

Avouons qu’il n’a y point une explication scientifique de cet argument, mais par empirisme des milliers d’africains sont unanimes pour reconnaître que l’arriération continue du continent trouve ses racines ici. Et Roland Holou a voulu servir de porte-parole de ces personnes qui se demandent pourquoi il est facile de tuer à l’aide d’un pouvoir plutôt que de s’en servir comme baguette magique pour régler le problème de la faim et du chômage ?

Une chose est sûre, il y a beaucoup de lieux communs et du déjà vu dans ce livre. Ainsi à première vue, on peut facilement penser qu’on est loin des propositions et des solutions auxquelles on peut s’attendre. Il n’y a pourtant pas une aridité dans cette réflexion. Voilà pourquoi, il faut avoir de la patience à la lecture de ce livre. Roland a le mérite d’introduire le débat autour des grands chantiers qui sauveront l’Afrique, mais abondamment mis en retrait actuellement. Par exemple la réforme et l’appui à la recherche scientifique, en évitant d’y voir un domaine réservé aux sociétés riches.

Et comme il le souligne avec emphase dans nombre de paragraphes du livre, les intellectuels ont une lourde responsabilité dans la situation actuelle de l’Afrique. Réciproquement, ils doivent s’apprêter aussi à dégager des pistes plausibles et concrètes pour la sortir de l’auberge.

Si l’Afrique veut aller loin, elle peut franchement avoir besoin de cet ouvrage.


Godefroy Macaire CHABI


Mot sur l’auteur

Ingénieur agronome, spécialiste en Aménagement et Gestion de l’environnement, Roland Ahouélété Holou est aujourd’hui âgé de 33 ans. Ce jeune homme poursuit actuellement ses études doctorales aux Etats Unis où il vit comme Résident permanent. C’est au Bénin qu’il a fait le clair de ses études jusqu’au diplôme d’ingénieur Agronome qu’il obtint en 2002 avec la Mention Très Bien.
Sa formation et ses contacts avec le terrain lui ont suggéré l’idée de ce livre et justifient l’ancrage de sa réflexion sur les problèmes de développement.
Il est l’auteur de plusieurs travaux publications scientifiques. Avant « Pourquoi l’Afrique pleure et s’enfonce ? », il a publié « Le bûching et le développement de l’Afrique ». Membre de plusieurs organisations professionnelles à l’image de la société écologique des Etats Unis d’Amérique et le Réseau des Amis de l’Agriculture Ecologique en Afrique, il a la conviction que le sort de l’Afrique est au prix d’une Révolution des intellectuels.